exposition

YOU LUCKY BASTARDS

Manon Pretto ● Commissariat : Elora Weill-Engerer

Du 18 janvier au 25 février 2024 | Vernissage : mercredi 17 janvier 2024, 18h/21h

Galerie - Cité internationale des arts

Pour sa première exposition individuelle, Manon Pretto présente un dispositif inspiré du modèle des dioramas, déployant un monde alternatif derrière la vitre de la Petite Galerie. L’installation donne corps à une science-fiction personnelle comme agent subversif du réel, traversée par des phénomènes de mutation et de symbiose, de généalogie empathique et de machines amoureuses. Cette exposition est accompagnée par la commissaire et critique d’art Elora Weill-Engerer. 

 

Le monde d’après est une vaste étendue désertique, inhospitalière à l’épanouissement de toute forme de vie. La technocratie, dans sa course à l’industrie, a éradiqué la nature et la découverte de toute trace de présence humaine semble vouée à l’échec. Seuls demeurent les hybrides bio-numériques issus des démesures frankensteiniennes des civilisations révolues : cafards holographiques, louves au giron lumineux, crabes-araignées désarticulés. Il n’est pas question de savoir si cette vision est juste dans son anticipation, ni même d’envisager cette scène à l’aune d’un manichéisme (le futur est-il heureux ou malheureux ?). Plus intéressant est le regard introspectif que projette ce diorama sur nos rêves et nos réalités : le récit ne se donne pas tel quel, dans une sorte de pureté esthétique et morale de la vision du futur, mais il s’inscrit plutôt dans une sédimentation de codes qui se constituent dès aujourd’hui. Quant au génie créateur, il a cédé sa place à l’Intelligence Artificielle, plus ouverte au collectif et à la collaboration. 

 

La science-fiction a ceci de fascinant qu’elle nous confronte à la survie d’un reste de nous, mue ou non par une lutte pour la justice sociale et climatique : il s’agit de renverser notre point de vue pour mieux comprendre ce qui se passe devant soi. Un thème répandu dans la science-fiction est celui de la rébellion de la créature contre son créateur. Manon Pretto donne à ce retournement une dimension émotionnelle en transformant ce que l’orgueil technologique a développé pour sa productivité, en quelque chose doté d’une sensibilité. Les machines prétendument obéissantes remplacent les humains, non pas parce qu’elles sont plus intelligentes qu’eux mais plutôt parce qu’elles se sont avérées être les seules désormais douées d’imaginaire : les androïdes rêvent de loups électriques. 

 

La décrépitude de l’environnement pourrait être accueillie sur un mode fataliste si elle n’était pas secondée d’éclosions merveilleuses : la louve robotique semble s’être auto-générée en un petit être et les cafards tiennent moins du nuisible que de l’essaim enchanteur. Pas de space opera tonitruant donc, mais un moment suspendu qui décrit la transition d'une renaissance cosmique remplaçant le récit de la catastrophe : les machines reprennent vie après la disparition des humains. Le glamour technophile, vidé de toute fonction opérationnelle ou consumériste, s’est hybridé avec l’espace environnant et a réactivé un tendre vaporeux, un ciel chatoyant et un arbre pleureur de câbles dans un paysage néo-romantique post-internet. Tout renaît au monde, sans organe, et motivé par l’énergie des affects : le progrès accélérationniste a été subsumé, digéré par l’amour. — Elora Weill-Engerer

 

 

 

 

informations pratiques

Du 18 janvier au 25 février 2024
Visible de 10h à 19h ou sur rdv

Vernissage –  mercredi 17 janvier 2024, de 18h à 21h

 

Petite galerie de la Cité internationale des arts
Site Marais 

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