arts plastiques

Metaphora, prélude

Camille Pradon • Commissariat de Claire Luna

du 09 au 23 avril 2021

Petite Galerie - Cité internationale des arts
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Camille Pradon dit en creux le refoulement des âmes, le brassage des vies, en relevant la trace des éléments et du temps, en révélant les reliefs de la matière. Ses écailles, le poli, ses failles, sa lie. Le sel de la mer s’est immiscé sur les coupelles des pierres tombales du cimetière marin pour les grignoter (Lignes écrites). Ces petits réceptacles de graines et d’eau à destination des oiseaux recueillent le soleil et “agissent comme un trait d’union entre le disparu et la nature, dont il reste l’obligé” (Camille Pradon, notes inédites, 2020). Derrière le reflet surexposé de la vitrine du musée, la pierre est tue (Revif). Elle n’existe que sous la caresse de l’ombre portée par la main de l’artiste, qui doucement se déplace. On est dans les collections du Musée national du Bardo (Tunisie), là où reposent désormais les marbres que transportait ce fameux navire grec qui a échoué au large des côtes de Mahdia. 

 

Le naufrage date d’il y a plus de 2000 ans. Lorsque Camille Pradon se rend sur place pour retrouver l’histoire, les éclairs tonnent encore. C’est la tempête. Impossible de filmer comme elle l’avait planifié. Et la lumière grondait par foudres : elle donnait forme aux espaces en balayant les surfaces obscures. Dans le travail de Camille Pradon, si la lumière est à l’œuvre pour révéler, elle l’est aussi pour occulter. Elle dit l’espace, celui de la ville, de l’architecture et du temps. En clair-obscur, l’apparition et la disparition. Un vrai jeu de découvrement et de recouvrement. La tempête a englouti un autre navire à son arrivée. 

 

Mahdia est une ville de pêcheurs d’éponges, ceux sont eux qui ont retrouvé, enfouies dans les eaux profondes de la Méditerranée le trésor que transportait le bateau antique. Cette cargaison est l’un des premiers témoignages du trafic d’œuvres d’art sur les mers. 

“La métaphore est le « transport » en grec, le mot se réalise dans ce qu’il a de plus utilitaire – le transit de marchandises –, comme dans sa dimension conceptuelle et philosophique – le mouvement et la fixité, voire le désir – ici, un voyage imaginaire en provenance des fonds marins.”  (Loc. cit.)


Sur la pierre, celle des tombes du cimetière, le béton des immeubles qui reçoivent le tonnerre, et s’éclairent, celle des bustes ou colonnes en marbres du Bardo, la terre de ces bols, doux miroir d’une tempête qui foudroie dans le silence (Éphélides), c’est dans la pierre que l’artiste cueille les affres du soleil, du vent et de ses embruns. Elle aime à rejouer ce jeu d’ombres et de lumière que renvoie la matière. C’est peut être le début d’un recueil. Camille Pradon déplie une fiction. Ici, son prélude.

 

Cette exposition de Camille Pradon (France, lauréate du programme "Fondation Daniel et Nina Carasso & Cité internationale des arts") est présentée sous le commissariat de Claire Luna (France, lauréate du programme "Cité internationale des arts & Centre national des arts plastiques").

Elle s’inscrit dans un cycle de trois expositions et plusieurs événements proposées par Claire Luna : La Rencontre des eaux.

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Visible tous les jours depuis la galerie extérieure

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