peinture

Abel Techer

Abel Techer est né en 1992 à Saint Pierre de la Réunion. Diplômé de l’Ecole Supérieure d’Art de la Réunion, sa pratique se déploie autour de la question des genres, des corps, du travestissement. Par des bribes d’intimité, son travail s’appuie sur une recherche constante de soi(s), de la relation aux objets et aux espaces.

 

C’est un projet qui s’articule en grande partie par la peinture, mais différents médiums comme la photographie ainsi que la sculpture, l’installation viennent traduire une recherche qui tente d’aller au-delà de son propre corps, de le faire autre. Le corps devient objet aux expérimentations, aux possibilités que permettent les fantasmes, l’imaginaire.

 

C’est la recherche d’un dédoublement, de création d’avatars. Tenter une sorte de mythologie personnelle avec différents personnages qui sont, au final, toujours le même. Jouer des artifices, les présenter non comme des objets hors de soi mais qui sont en relations avec le corps et plus intimement, avec le sentiment identitaire. Le « je » n’est pas un mais divers, relationnel, dans une recherche et une évolution constantes. C’est dans ces moments que « je » se permet d’être objet et non sujet, d’être face aux regards et d’être décortiqué. C’est ici que le corps se permet des contours moins lisibles, plus floues, plus aptes à accepter la possibilité des identités mouvantes.

 

 

  Julie Crenn - Où poser la tête? Edition Collection du Frac Réunion :

 

"Abel Techer partage avec Samuel Fosso une même conception du trouble du genre. Ses autoportraits agissent comme les écrans de son intimité et son identité mouvante. Ses traits et ses formes androgynes perturbent nos critères d’identification. En cela il active la notion de performativité du genre telle qu’elle est énoncée par Judith Butler. Théoricienne féministe américaine, Judith Butler envisage le genre comme une identité fluctuante, qui se transforme au fil de l’expérience de vie de chacun. Elle parle alors d’une performativité du genre qui « n’est pas un acte unique, mais une répétition et un rituel, qui produit ses effets à travers un processus de naturalisation qui prend corps, un processus qu’il faut comprendre, en partie, comme une temporalité qui se tient dans et par la culture. »